Cela fait bientôt deux heures que les ballottements du train me bercent. Ils pourraient presque m’endormir si ce n’est que çà va bientôt faire deux heures… Deux heures que ce train m’emmène, m’emmène loin. Loin de chez moi ? Non. Loin de rien, loin de nul part. Il m’emmène ailleurs. Soudain un long grincement, tout s’arrête : le train, le bruit apaisant des wagons sur les railles, la vitesse enivrante et mes pensées. Commence alors l’angoisse, l’angoisse de se retrouver seule dans une ville étrangère. Je me lève, tous mes membres sont encore engourdis, je tape mon sac trop lourd sur mes épaules et sors du train. La gare est vide, seulement quelques passagers pressés. Peut-être des hommes d’affaires en route pour leur bureau de grandes villes ou bien des voyageurs en quête de grands voyages. Et puis il y a moi… un peu perdue. Ho… ce train ne m’a certainement pas permis de rejoindre une destination aussi importante que celle de ces gens, mais il m’a conduit vers l’inconnu et çà s’est déjà l’aventure ! Je me tiens là, immobile comme un I, ne sachant pas très bien où aller. Je froisse nerveusement un bout de papier entre les mains, sur lequel il est griffonné :
Collège St Augustin
La Crepal n° 47
Warzée 3618
Ah ! Là-bas! J’aperçois un contrôleur, il va sans doute pouvoir me renseigner !
Je m’approche de lui :
- Excusez-moi, monsieur, pouvez-vous me dire où se trouve le Collège St Augustin s’il vous plaît ?
- Désolé gamine, je ne suis pas de la région.
Il me donna une tape sur l’épaule qui semblait vouloir dire : « Je suis cinsèrement désolé ! Vraiment ! » Puis il tourna les tallons et ne pensa déjà plus à moi, il monta dans le train et m’oublia. Je sortis de la gare et marchai dans la ville au hasard, regardant le nom de chaque rue, espérant enfin trouver la bonne. Une jeune femme, portant comme un fardeau deux sacs à dout de bras, déboucha d’une rue parallèle.
- Madame, madame, excusez-moi, lui criais-je.
Elle se retourna étonnée.
- C’est à moi que vous vous adressez ?
- Oui, pardonnez-moi mais connaissez-vous le Collège St Augustin ?
- Le manoir ? Bien sûr ! Vous devez monter la rue principale, vers l’amont, vous sortez ensuite de la ville et le Collège se trouve au sommet de la colline, après le bois, surplombant la falaise. C'est facile, il suffit de marcher toujours tout droit.
- Merci beaucoup.
- …Vous êtes une nouvelle élève ?
- Oui.
Elle parut étonnée. Elle regarda sa montre puis conclut :
- Il est déjà fort tard ! je dois te laisser. Adieu et bonne chance petite.
Elle prit une ruelle sur sa droite et disparut. « Etrange cette bonne femme » pensais-je en m’engageant dans la grand-rue « quoi qu’il en soit, maintenant je sais au moins le chemin à suivre ».



